Supervision pour psychologues : penser sa pratique, au-delà des évidences
Il arrive qu'une situation clinique continue à nous préoccuper après la séance.
Pas nécessairement parce qu'elle est spectaculaire ou particulièrement complexe. Parfois, c'est au contraire quelque chose de ténu : une réaction inhabituelle chez le patient, un sentiment d'impasse, une difficulté à trouver la bonne distance, une irritation dont on ne comprend pas très bien l'origine, ou cette impression que quelque chose se joue dans la relation sans parvenir à le nommer.
Il y a ce que nous comprenons de la situation.
Et puis il y a ce qui nous échappe encore.
C'est précisément là que la supervision peut avoir sa place.
La supervision n'est pas seulement une réponse à une difficulté clinique
On associe souvent la supervision au fait de présenter un « cas difficile ».
C'est parfois le cas. Mais réduire la supervision à la recherche d'une solution technique me paraît trop restrictif.
Une situation clinique ne se résume jamais à un diagnostic, à un protocole ou à une succession d'interventions.
Elle engage une personne, son histoire, ses défenses, ses ressources, sa manière d'entrer en relation — et un thérapeute, avec sa propre histoire, sa sensibilité, ses représentations et ses limites.
La supervision permet de remettre en perspective l'ensemble de la situation.
Elle peut porter sur ce que le patient apporte, mais également sur ce que la rencontre produit chez le thérapeute : ce qui l'attire, l'inquiète, l'agace, le mobilise ou le laisse étonnamment indifférent.
Ces éléments sont à penser.
Lorsque la clinique devient une impasse
Il existe des situations dans lesquelles nous savons pourtant quoi faire, mais où quelque chose ne fonctionne pas.
Nous avons l'impression d'avoir essayé différentes approches. Les séances se répètent. Le patient revient avec les mêmes difficultés. Nous comprenons intellectuellement ce qui se joue, mais nous ne parvenons pas à faire évoluer la situation.
Parfois, l'impasse se situe moins du côté du patient que dans la manière dont la relation thérapeutique s'est organisée.
La supervision permet alors de déplacer le regard.
Non pas pour désigner ce que le thérapeute aurait « mal fait », mais pour retrouver plusieurs hypothèses là où une seule lecture de la situation avait fini par s'imposer.
C'est souvent ce déplacement qui permet à la clinique de redevenir vivante.
Ce qui se joue dans la relation thérapeutique
La relation thérapeutique est un outil de travail, mais elle est aussi un lieu de projection, de répétition et de résonance.
Nous pouvons être sollicités dans des places particulières : celui qui doit réparer, rassurer, protéger, savoir ou au contraire celui contre lequel quelque chose se rejoue.
Certains patients provoquent chez nous un désir d'aider particulièrement intense. D'autres peuvent susciter de l'impatience, de l'impuissance ou une forme de retrait.
Il serait illusoire de penser que ces mouvements peuvent être totalement éliminés.
L'enjeu est plutôt de pouvoir les repérer suffisamment pour ne pas les confondre avec la réalité du patient ou avec nos propres dynamiques.
La supervision offre cet espace tiers pour regarder ce qui se passe dans la relation sans être immédiatement pris dedans.
La supervision lorsque l'on débute en libéral
Pour un jeune psychologue, la supervision peut représenter un appui particulièrement précieux.
Les premières années d'exercice confrontent rapidement le jeune psychologue à une réalité que les formations ne peuvent pas entièrement transmettre : la singularité des patients, la responsabilité ressentie face à certaines situations, la nécessité de décider parfois avec peu de certitudes.
On peut connaître ses outils et manquer encore de repères.
On peut avoir beaucoup appris et se retrouver démuni devant une situation particulière.
C'est aussi ainsi que se construit une pratique clinique.
Une supervision peut permettre de développer progressivement son propre raisonnement clinique, plutôt que de chercher à appliquer une réponse préexistante à chaque situation.
Et lorsque l'on exerce depuis longtemps ?
La question se pose autrement.
L'expérience apporte une forme de sécurité. On identifie plus rapidement certaines situations, on connaît mieux ses limites, on a traversé suffisamment de configurations cliniques pour savoir que toutes les difficultés ne trouvent pas une résolution immédiate.
Mais l'expérience n'immunise pas contre l'usure.
Après de nombreuses années de pratique, l'exposition répétée à la souffrance psychique peut modifier notre disponibilité. Certaines histoires nous atteignent différemment. La fatigue peut devenir plus diffuse, moins facile à identifier.
Il peut aussi apparaître une forme de lassitude face à certaines situations répétitives, ou un sentiment de perte d'élan.
Il me paraît important de pouvoir penser ces phénomènes sans les réduire immédiatement à un burn-out.
L'usure de compassion, le traumatisme vicariant ou la fatigue liée à l'exposition répétée aux récits traumatiques sont des réalités professionnelles qui méritent d'être considérées avec nuance.
La supervision peut constituer l'un des espaces permettant de repérer ces phénomènes avant qu'ils ne deviennent trop envahissants.
Le psychotraumatisme : une clinique qui engage aussi le thérapeute
C'est particulièrement vrai dans l'accompagnement du psychotraumatisme.
Les situations de traumatismes répétés, de violences, de dissociation ou d'attachement insécurisé peuvent mobiliser fortement le thérapeute.
L'EMDR, l'hypnose ou le travail avec les parts blessées offrent des outils précieux. Mais aucun outil ne dispense de penser la situation clinique dans sa globalité.
La question n'est pas uniquement : « Quelle technique utiliser ? »
Elle peut être :
« Où en est ce patient aujourd'hui ? »
« Qu'est-ce qui peut être travaillé maintenant, et qu'est-ce qui ne le peut pas encore ? »
« Que se passe-t-il dans la relation ? »
« Qu'est-ce que cette situation vient mobiliser chez moi ? »
La supervision permet de reprendre ces questions avec suffisamment de distance pour ne pas laisser la technique prendre toute la place.
Une place particulière pour le doute
Je considère le doute clinique comme quelque chose de différent de l'insécurité.
L'insécurité cherche souvent à obtenir rapidement une réponse.
Le doute, lorsqu'il peut être élaboré, permet de maintenir ouvertes plusieurs hypothèses.
C'est une des raisons pour lesquelles je ne conçois pas la supervision comme un espace où le superviseur apporte systématiquement la solution.
Il peut y avoir des apports théoriques, des propositions, des hypothèses, parfois des pistes très concrètes.
Mais il me paraît essentiel que le psychologue reste auteur de sa réflexion clinique.
Le rôle du superviseur n'est pas de penser à sa place.
Il est de l'aider à penser autrement lorsque sa propre lecture s'est rétrécie.
Une supervision qui ne soit pas un lieu d'évaluation
Pour pouvoir travailler réellement, il faut pouvoir parler de ce qui interroge.
Y compris lorsque l'on doute de sa propre posture.
Lorsque l'on s'est trompé.
Lorsque l'on se surprend à ressentir quelque chose que l'on préférerait ne pas ressentir.
Lorsque l'on ne comprend plus très bien ce qui se passe.
Lorsque l'on est fatigué.
Lorsque l'on se demande si l'on est encore suffisamment disponible pour un patient.
Ces éléments ne sont pas nécessairement des signes d'incompétence.
Ils font partie de la réalité d'une pratique clinique.
Une supervision de qualité doit permettre de les regarder sans jugement, mais sans complaisance non plus.
La bienveillance ne consiste pas à valider tout ce que fait le thérapeute. Elle consiste à pouvoir examiner ce qui se passe avec suffisamment de sécurité pour que la pensée reste possible.
Supervision et thérapie personnelle : ne pas les confondre
La supervision n'est pas une thérapie personnelle.
Elle peut évidemment faire apparaître des résonances personnelles, puisque nous sommes des êtres humains engagés dans une relation thérapeutique.
Mais son objet reste la pratique professionnelle.
La thérapie personnelle permet de travailler son histoire, ses blessures, ses conflits et ce qui nous appartient.
La supervision permet notamment de réfléchir à la manière dont ces éléments peuvent, consciemment ou non, entrer en résonance avec notre pratique.
Cette distinction me paraît importante pour que chacun de ces espaces puisse conserver sa fonction.
Ce que permet la supervision
La supervision peut ainsi aider à préserver sa curiosité clinique, à identifier ses limites, à reconnaître lorsqu'une situation devient trop lourde et à faire évoluer sa pratique lorsqu'elle ne nous convient plus.
Elle permet aussi de continuer à apprendre, y compris lorsque l'on exerce depuis longtemps.
Savoir demander un regard extérieur n'est pas renoncer à son autonomie clinique.
C'est parfois au contraire une manière de la préserver.
Ma manière de concevoir la supervision
Ma pratique de supervision s'inscrit dans une approche intégrative, nourrie par mon expérience clinique et par mes formations, notamment en EMDR, hypnose et travail avec les parts blessées.
Mon expérience de l'accompagnement du psychotraumatisme occupe également une place importante dans ma manière de penser les situations cliniques.
Je ne cherche pas à proposer une méthode unique.
Chaque psychologue arrive avec son parcours, ses références, son niveau d'expérience et sa manière singulière de travailler.
La supervision peut partir d'une situation clinique précise, d'une difficulté relationnelle, d'une question autour de la posture thérapeutique, d'une prise en charge de psychotraumatisme ou simplement du besoin de prendre du recul sur sa pratique.
L'objectif est de créer un espace de pensée suffisamment ouvert pour que le psychologue puisse regarder sa pratique avec un autre regard, sans perdre pour autant sa propre autonomie clinique.
Supervision pour psychologues en présentiel à Créon ou en visio
Je propose des supervisions individuelles pour psychologues en présentiel à Créon, en Gironde, ou en visio.
La supervision en ligne permet aujourd'hui de travailler dans de bonnes conditions avec des psychologues qui ne sont pas à proximité géographique du cabinet, tout en conservant un espace régulier et confidentiel.
Le choix du format dépend surtout des préférences et des contraintes de chacun.
Pour conclure
La supervision n'est pas une garantie contre les erreurs, les impasses ou la fatigue.
Elle ne remplace ni l'expérience, ni la formation, ni le travail personnel.
Elle offre autre chose : un espace tiers où la pratique peut être pensée.
Et peut-être est-ce finalement l'une des conditions pour continuer à exercer longtemps : accepter que, même lorsque l'on possède de l'expérience, certaines situations méritent encore d'être regardées autrement.